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LE ZODIAQUE DE L'EGLISE DE FENIOUX
mise à jour le 24 mai 2008 

église Saint-Pierre
Fenioux est un petit village de Charente-maritime, non loin de Saint-Jean d'Angély, et qui est célèbre pour son église romane et sa lanterne des morts. Le portail occidental de l'église présente un sermon Saintongeais, leçon de morale à l'intention du croyant, dans lequel on peut admirer plusieurs thèmes iconographiques que les sclupteurs de l'époque ont souvent traités dans la région : les vertus terrassant les vices, les vierges sages et les vierges folles et dans une moindre mesure le zodiaque où chaque signe est associé à une occupation du mois. C'est de ce zodiaque dont il sera question ici.

L'EGLISE

 

A l'origine existait une église carolingienne remontant aux alentours du X° siècle (parties préromanes sur le plan) et dont subsistent quelques témoignages architecturaux tels qu'une partie des murs sud et nord ainsi que des petites fenêtres à entrelacs typiques de cette époque. Au XII° siècle de nombreuses modifications furent apportées à l'édifice. La partie occidentale fut prolongée de quelques mètres s'achevant par la superbe façade. On réédifia également le chevet qui sera remplacé par la suite, au XV° ou XVI° siècle, par un choeur rectangulaire couvert d'une voute gothique aujourd'hui disparue. Une voute romane fut également construite et pour éviter son effondrement, par ouverture des murs latéraux, de gros contreforts furent érigés à la fin de l'époque gothique. Cela n'empêcha toutefois pas, la chute de cette voûte en 1835. Au XII° siècle, on érigea également un clocher qui fut restauré assez maladroitement au XIX° siècle.

 

LES VOUSSURES DE LA FACADE DE L'EGLISE

façade

 

La façade se compose d'un seul portique. La porte est couronnée de cinq voussures en plein cintre, richement sculptées :

- la première voussure, la plus externe, porte le zodiaque.

- la seconde voussure est celle des vierges sages et des vierges folles. Elles séparent le Christ, au centre de la voussure.

- la troisième voussure est celle du ciel, montrant l'agneau soutenu par des anges.

- la quatrième voussure montre le combat des vertus terrassant les vices.

- la cinquième voussure, juste au-dessus de la porte, représente des arabesques.

La façade de fenioux est datée des années 1150-1160. Le décor sculpté de cette façade est étroitement apparenté à celui de la façade de l'église d'Aulnay qui lui est légèrement antérieur. Les sculpteurs de Fenioux se sont inspirés de l'oeuvre d'Aulnay.

 

LE ZODIAQUE

(ouvrir les images dans une nouvelle fenêtre)

zodiaque verseau-gémeaux zodiaque vierge-capricorne

Comme il vient d'être dit, ce zodiaque de Fenioux est largement inspiré de celui d'Aulnay. Il nous est aussi parvenu beaucoup plus complet et en bien meilleur état que celui d'Aulnay. Ces deux zodiaques se rapprochent le plus des représentations analogues d'édifices célèbres tels que Vézelay, Notre Dame de Paris, Notre Dame de Chartres ou Saint-Ursin de Bourges.

Une particularité du zodiaque de Fenioux ( et de celui d'Aulnay ) et de débuter, comme à Vézelay ou à l'église des saint apôtres de Jérusalem, avec le mois de Janvier alors qu'au XII° siècle l'usage quasi général sous les Capétiens était de faire commencer l'année à Pâques (entre le 22 mars et le 25 Avril). La date du 25 Mars pouvait marquer aussi le début de l'année dans certaines régions (au XIII° siècle, en 1235, le concile de Reims donne cette date comme "l'usage de France"). On peut trouver plusieurs explications à la fois astronomique, religieuse et symbolique sur l'agencement de ce zodiaque. Il peut être une représentation figurée de la vie de l'homme, la naissance étant associée au début de l'année (avec le signe du Verseau qui donne la vie à la Terre entière, selon le poète Grec Pindare, reprenant une ancienne croyance) et la mort correspondant à l'image de repos (homme assis) associée à la fin de l'année. Il y a peut-être aussi une nécessité de commencer le zodiaque en Janvier, de telle sorte que le signe du Cancer soit au plus haut dans la voussure symbolisant ainsi la position du Soleil au moment du solstice d'été et devenant par là-même le symbole du Christ glorieux qui figure dans la voussure juste au-dessous. Associé au cancer, comme nous le verrons plus loin, on trouve une scène de la vie quotidienne : la fenaison. Avec le Lion on associe la moisson. Le paysan de l'époque voyait ainsi le travail de sa vie, placé au plus haut, béni par l'église !

Les signes du zodiaque et les sujets ou les groupes symbolisant les mois ou en rappelant les occupations, présentent une disposition originale :

- Les lignes (en jaune) parcourant la hauteur des signes zodiacaux convergent toutes au centre de l'arc de la voussure.

- Les sujets (encadrement bleu), qui rappellent les occupations des mois, sont placés perpendiculairement aux signes. En se rapprochant du centre de la voussure, on pourrait croire que les personnages sont couchés, alors que le spectateur doit s'imaginer lui-même placé sur la voussure pour faire apparaître la scène dans la position normale. Les personnages au début (janvier) et à la fin du zodiaque (décembre), du fait de la courbure de l'arc, apparaissent dans une position normale. On remarquera deux exceptions dans la règle énoncée, avec le cavalier qui accompagne les gémeaux, qui est disposé à la manière d'un signe zodiacal, et le taureau qui semble dressé sur ses pattes de derrière car il est disposé comme un personnage des tableaux allégoriques.

- Le nom du signe zodiacal est écrit en latin (encadré rouge ), placé souvent,  là où il y a de la place.

- Le nom du mois (encadré vert), écrit également en latin, figure dans la gorge de la voussure.

 

( Pour la description du zodiaque, il est recommandé d'ouvrir les photos dans une nouvelle fenêtre par un clic droit sur l'image puis en sélectionnant "ouvrir dans une nouvelle fenêtre". Vous pourrrez ainsi avoir le texte et la photo.)

 

Le premier groupe en partant de la gauche du visiteur est accompagné des inscriptions : IANUARIUS - ACARIUS.

Le second groupe, au-dessus, correspond au mois de février : FEBROARIUS - PISCES

Les descriptions trouvées dans la littérature spécialisée (voir bibliographie à la fin), laissent perplexes étant donné qu'on associe les trois premières sculptures au mois de Janvier. En procédant ainsi, on se retrouve au milieu de la voussure avec un signe du Cancer sans représentation des occupations du mois.

Il est plus logique d'imaginer que deux sculptures seulement (comme pour tous les autres signes) correspondent au mois de Janvier ( IANUARIUS ). La première, sensée rappeler l'occupation du mois, présente un personnage placé de côté et portant une couronne sur la tête ou un couvre-chef. Sa main gauche tient apparemment un pain qu'il coupe avec un long couteau. Juste au-dessus, figure le signe du verseau, en assez mauvais état, à côté duquel on peut lire le début de son nom latin : ACARIUS ( Aquarius en fait ). On semble deviner pourtant l'image classique du porteur d'eau, incliné en arrière dans une position incommode, et vidant une urne remplie d'eau.

L'inscription "ACARIUS" déborde sur le personnage suivant d'où la tentation de l'attribuer au mois de janvier. Il doit en fait être la représentation du signe suivant, caractéristique du mois de février ( FEBROARIUS ). Ce personnage est assis de face. Il est vêtu d'une sorte de chlamyde ou de chasuble, ornée d'une broche, tombant en plis entre ses jambes. Sa main gauche est appuyée sur ses genoux et de sa main droite ouverte, il semble faire le mouvement de l'orateur qui par un geste veut accentuer sa pensée. Devant lui figure un objet difficilement identifiable. Le chanoine Tonnellier, voit en ce personnage le Seigneur qu'il est effectivement tentant d'associer au signe des Poissons (PISCES) sculpté au-dessus. Si c'est le cas, cette représentation est-elle là pour rappeler au croyant de ne pas oublier ses obligations de bon chrétien ?

 

 Les deux autres groupes correspondent à mars ( MARCIUS - ARIES ) et avril ( APRILIS - TAURUS )

On identifie sans peine le Bélier (ARIES) qui lève la patte et regarde en arrière. A sa gauche, un homme lève une main armée d'un bâton, peut-être l'instrument en fer, avec lequel les pêcheurs de la côte de Saintonge brisent les reins de l'anguille ou du congre.

Vient ensuite le Taureau (TAURUS) dressé sur son train de derrière et qui a parfois été pris pour un ours ! A sa gauche, un homme assis sur des pampres semble tailler la vigne. On retrouve cette représentation dans les zodiaques d'Aulnay, de Bourges, d'Amiens, de Sens et de Reims.

 

 On trouve ensuite les mois de mai ( MAIUS - GEMINI ) et juin (IUNIUS - CANCER au lieu de CANCRI ?)

On reconnait l'image classique des faux jumeaux Castor et Pollux, inséparables, se tenant par les épaules. La même scène se retrouve dans le zodiaque d'Aulnay. Le personnage associé aux gémeaux est un cavalier tenant une serpe et qui semble s'apprêter à couper quelque chose. On a pu voir dans cette scène, un homme à cheval allant à la recherche des moissonneurs.

Le signe du Cancer est facilement reconnaissable au crabe qui figure au milieu de la voussure. L'individu, à sa gauche, qui semble couché (mais qui est en fait représenté perpendiculairement au signe, comme exliqué plus haut) est un faucheur occupé à mettre en "mulon" le foin qu'il a coupé.

 

 Vient ensuite le mois de juillet ( IULIUS - LEO )

A droite du signe du Lion ( LEO )on peut discerner un moissonneur liant une gerbe.

 

 

 

 

 
Le groupe suivant correspond au mois d'août ( AUGUSTUS - VIRGO ) puis au mois de septembre ( SEPTEMBER - LIBER )

Les inscriptions des mois d' août et septembre sont assez difficiles à lire et elles débordent sur les autres mois. Il en est de même pour les noms des signes zodiacaux qui sont placés, là où le sculpteur a pu les inscrire.

Le signe de la vierge (VIRGO) est représenté classiquement par une jeune fille. On peut imaginer qu'elle tient de la main droite une feuille de palmier et de la main gauche l'épi de blé qui correspond à l'étoile spica dans la constellation de la vierge. A sa droite, un homme, dont la tête manque, porte sur son épaule une fourche à grandes dents à laquelle est suspendu une sorte de gros cylindre percé. Au niveau des pieds du personnage, on peut supposer la présence d'une gerbe de blé ou d'un tas de grains.

En septembre, un homme assis rappelle le signe de la balance ( LIBRA ). Il tient une balance dont il ne reste plus que le fléau. A sa droite, un vendangeur foule le raisin dans une petite cuve, qui dans le pays, porte le nom de "coutret". On retrouve presque la même scène à Aulnay. Le même vendangeur est visible dans le zodiaque de Sainte croix de Bordeaux.

Vient ensuite octobre ( OCTOBER - ESCORPIUS )

Le signe du scorpion a disparu. Il reste quelques vestiges des pattes visibles sous les lettres "O R" de ESCORPIUS. La scène de la vie quotidienne n'est pas tellement en meilleur état. On a pu y reconnaitre toutefois un berger gardant un troupeau de porcs dans la saison des glands ! ( un des porcs pouvant effectivement s'imaginer sous les lettres "S A G" du signe suivant ( SAGITTARIUS ).

 
Pour le dernier groupe on peut lire NOVEMBER - SAGITTARIUS puis DECEMBER - CABRICO

Le signe du Sagittaire est parfaitement visible. A droite on peut identifier facilement, même si une partie du tableau a disparu, des boeufs qui mangent dans une auge. Novembre est en effet l'époque à laquelle le bétail est retiré des pacages pour être mis à l'étable.

Pour le mois de décembre, le signe caractéristique est effacé. L'inscription CABRICO pour CABRICON est tronquée par l'achévement de la voussure. Pour le tableau allégorique, on distingue un homme à table ayant à côté de lui un plat et un vase à long col. C'est le travailleur condamné à garder la maison par suite de la rigueur de la saison. On retrouve la même scène à Aulnay, à Sainte croix de Bordeaux et à Saint Ursin de Bourges.

 

 

Bibliographie

Jacques Lacoste, La sculpture romane en Saintonge (Christian Pirot éditeur)

Charles Connoué, Les églises de Saintonge, Saint-jean d'Angély et sa région ( n'est plus édité )

Eygun F.., L'église de Fenioux, congrès archéologique de France La Rochelle 1956.

Chanoine Tonnellier, Les belles églises romanes de Saintonge, Fenioux, ( Editions Delavaud - Saintes )